Écrit par Ramel B.

Ils sont loin des deux millions d'euros que touche Karim Ziani avec les Qataris d'Al Jaish. Loin aussi des 800 000 euros du salaire annuel de Djamel Mesbah avec le Milan AC. Mais nos footballeurs les plus talentueux gagnent bien leur vie. Certains même possèdent des fiches de paie susceptible de donner le vertige à certains joueurs de la Ligue 1 française. Et comme les revenus de nos footballeurs ne sont soumis à aucun impôt, étant donné que le football a de tout temps été considéré comme un secteur sinistré sur lequel il fallait fermer les yeux, on ne doit donc pas s'étonner de voir l'Algérie devenir, de plus en plus, une destination privilégiée pour les joueurs de l'Afrique noire, mais aussi des joueurs émigrés.
Depuis plusieurs saisons, le montant des primes de signature allouées aux joueurs algériens ne cesse de grimper. On ne parle plus maintenant de millions, mais de milliards lorsqu’il s’agit d’évoquer la prime annuelle d’un bon joueur du championnat de Ligue1. Loin est l’époque où les joueurs étaient bien souvent obligés d’avoir un autre métier pour rester à flots. « Ça a vraiment changé. A notre époque, on ne touchait pas grand-chose. Les joueurs percevaient leurs salaires dans leurs clubs comme à la fonction publique. C’était lors de la période de la reforme sportive à la faveur de laquelle toutes les associations sportives ont été intégrées dans les grandes entreprises nationales. On jouait beaucoup plus pour les couleurs de notre club que pour l’argent. Mais les temps ont depuis changé. Aujourd’hui, on est entré dans l’ère du professionnalisme. Les clubs ont de plus en plus de rentrées d’argent, notamment générées par les contrats de sponsoring », analyse l’ex défenseur de charme de l’équipe nationale des années 80, Fodil Megharia.
En dix ans les prix ont décuplé
En quelques années, le marché des transferts a explosé. Désormais, il faut s’habituer à de nouvelles normes qui risquent encore de provoquer une inflation exponentielle dans les rétributions des joueurs. Après que la barre du milliard eut été pulvérisée en 2004, suite au transfert du joueur Tahraoui de la JS Kabylie à l’USM Blida pour la somme record à l’époque de 1 milliard 250 millions de centimes, le phénomène a pris de l’ampleur, surtout avec l’avènement du professionnalisme en Algérie. Certains clubs, qui bénéficient du soutien direct ou indirect des pouvoirs publics, à travers des subventions ou de gros contrats de sponsoring, proposent des sommes faramineuses.
Ainsi, le salaire mensuel d’un footballeur de Ligue 1, qui oscille en moyenne de 700 à 800 millions de centimes, ne représente pas la seule ressource du footballeur algérien. Il faut aussi ajouter les primes de matches qui varient selon le standing du club. « Aujourd’hui les joueurs algérien ne pensent qu’au fric. Et par rapport, à tout ce qui nous montre sur un terrain de football, je considère qu’ils sont surpayés », constate Megharia.
Mais ce ne sont pas tous les clubs de l’élite qui peuvent se permettre des folies en termes d’achats de joueurs. Faute de pouvoir rivaliser avec les clubs les mieux nantis de la Ligue1, à l’image de l’USMA, l’ESS, la JSK ou le MCA, les autres clubs, à petit budget, tels l’ASK, le MCCE et l’USMH doivent souvent consentir des efforts colossaux juste pour garder leurs meilleurs éléments. Et pour pouvoir recruter, ils se voient dans l’obligation d’aller voir dans les divisions inférieures pour dénicher des talents et les engager pour des sommes parfois symboliques. Alors que d’autres préfèrent puiser dans la catégorie des U20, voire chez leurs juniors pour « engraisser » leur effectif, sans avoir à investir grand-chose. « Il existe une disparité importante entre les clubs de la Ligue 1 en terme de moyens financiers. Les grands clubs possèdent des budgets conséquents leur permettant de truster les meilleurs joueurs, et laissent ainsi que les miettes aux petits clubs », explique l’un des agents FIFA les plus actifs dans le marché des transferts en Algérie, Abdelali Achouri.
Haddad, le « Abrahamovitch » du football algérien
En tournant avec un budget annuel de 120 milliards de centimes, soit le plus gros du championnat, l’USM Alger, version Ali Haddad, patron du groupe ETRHB, fait vraiment exception en matière de rétributions des joueurs. Pour sa deuxième année à la tête des Rouge et Noir, le richissime homme d’affaire a spectaculairement fait flamber le marché des transferts, à la « Abrahamovitch », le célèbre milliardaire russe, propriétaire de Chelsea, le grand club anglais. Il s’est, en effet, payé les meilleurs joueurs du championnat pour reconstruire son équipe qui venait d’échapper in extremis au purgatoire. Il y a lieu de préciser qu’à l’USMA, la masse salariale des joueurs représentent 60 à 70 % des dépenses du club. Les salaires mensuels des joueurs commencent a partir de 80 millions de centimes pour atteindre cinq fois ce niveau !
« Haddad a fait dans la surenchère. Il a décidé tout seul de donner toutes ces grosses sommes pour des joueurs dont le niveau n’est pas vraiment supérieur aux autres joueurs de Ligue 1. En tout cas, c’est son problème à lui. Mais si j’étais à sa place, je n’aurais pas dépensé tout cet argent pour de tels joueurs », affirme le n°2 de l’USM El Harrach, Fayçal Bensemra, qui soutient, comme beaucoup de dirigeants de clubs de Ligue 1, que les sommes engagées par le patron de l’USMA provoquent une certaine instabilité dans le marché des transferts. « Il a acheté des joueurs à des prix souvent très supérieurs à ceux du marché », note t-il.
En tout état de cause, le souci premier du joueur algérien reste encore de bien gagner sa vie et de se garantir une retraite tranquille. Avec l’annonce de l’ouverture du capital des grands club algériens et au rythme où vont les choses, il est fort a parier que dans les années a venir, les salaires de nos footballeurs atteindront des sommets. « Je pense que si les autres grands clubs de Ligue 1, à l’image de la JSK, du MCA et du CRB arrivent a attirer des investisseurs costauds, cela entraînerait une rude concurrence sur le marché des transferts. On pourra dés lors assister à une nouvelle inflation des prix des joueurs », prédit l’agent Achouri.