Écrit par Ramel B.

Malgré l'avènement du professionnalisme, le championnat algérien évolue sous le joug d'une véritable valse des entraîneurs. Ce phénomène, qui existe certes depuis belle lurette, prend des proportions alarmantes. Ainsi, sur les seize équipes qui forment la Ligue1, treize ont déjà changé leurs coaches alors que la saison est loin d'être achevée. Ceci prouve, si besoin est, que l'esprit de l'amateurisme reste toujours ancré au sein des clubs algériens. Inquiétant.
Depuis l’intersaison, ils sont 25 entraîneurs à avoir été limogés, ou poussés à partir en cours d'exercice. Dans la compétition, la palme revient au MC Oran qui a consommé pas moins de cinq entraîneurs depuis l’intersaison, dont un double passage de Mohamed Henkouche, qui a drivé le club d’El Bahia à deux périodes entrecoupées par les départs volontaires de Benchiha et Cherif El Ouzzani. En faisant l’objet, tout récemment, d’un limogeage déguisé, Henkouche a été le énième coach à plier bagage. Il ne sera sans doute pas le dernier puisqu’en cette fin de saison, les présidents de clubs de Ligue 1 s’adonnent en coulisses à un véritable jeu de chaises musicales qui suscite inquiétude et désappointement de la part de l’opinion footballistique.
«Ce qui se passe dans nos clubs est vraiment désolant. Il ne se passe pas une journée sans qu’on annonce la démission ou le limogeage de tel ou tel entraîneur. Cela me fait détester ce métier. C’est pour cette raison que j’ai pris la décision de ne plus exercer en Algérie, même si on me propose tout l’or du monde», a récemment déclaré l’ex-coach des Verts à la radio nationale, Rabah Saâdane, qui n’a pas manqué ainsi d’étaler son amertume face à la cascade de démissions et limogeages des entraîneurs des clubs algériens.
Qui est donc responsable ? Les présidents de clubs ? Les joueurs ? La presse ? Ou tout simplement les entraîneurs eux-mêmes ? « Tout le monde est responsable de cette situation a commencer par les présidents de clubs », analyse Younes Ifticen, un des entraîneurs les plus utilisés d’Algérie durant les quinze dernières années. Il estime que la « tyrannie » du résultat constitue l’origine du mal. « Quand les résultats ne sont pas bons, l'entraîneur sert très souvent de fusible, actionné par les dirigeants pour faire face à la pression de la rue. Certes, l’entraîneur a un rôle important au sein d’une équipe, mais parfois les raisons de l’échec sont à chercher ailleurs. Par exemple, un président de club qui ne tient pas ses engagements envers ses joueurs et son staff technique n’a pas le droit d’exiger des résultats immédiats à son entraîneur. Mais quand ça tourne mal, il préfère le sacrifier plutôt que de chambouler tout un effectif », affirme Ifticen. Il assure avoir souvent eu à composer avec des joueurs complètement démobilisés faute d’avoir été payés.
Une solution pour mettre le holà à cette valse des entraîneurs ? Ifticen, dans ce contexte, emboîte le pas à plusieurs de ses collègues pour exiger une protection juridique du statut d’entraîneur. « Le statut de l'entraîneur est précaire dans notre pays. Les clubs leur imposent toujours une clause dans les contrats qui stipule que les deux parties peuvent les résilier au bout de trois mois, si les résultats ne suivent pas. Ils sont nombreux les coaches à être pris dans ce jeu, soit par sentiments, soit par nécessité. C’est pourquoi, moi, je dis que les responsables de notre football doivent imposer aux clubs des contrats type FIFA pour garantir une certaine stabilité. Il ne reste donc aux président qu’a choisir l’entraîneur qui sied le mieux à leurs équipes », propose t-il.
Laib-Charef, l’exception qui confirme la règle
Avec le WA Tlemcen et le MC El Eulma, l’USM El Harrach fait partie du cercle fermé des équipes en quête de stabilité, puisque les trois clubs en question refusent contre vents et marrées d’adopter la politique du résultat immédiat. Voulant calquer son modèle sur celui des grands clubs anglais, le président de l’USM El Harrach, Mohamed Laib, ne cède jamais à la pression de la rue qui exige la tête de son entraîneur à chaque série de mauvais résultats.
L'exception qui confirme cette règle se nomme Boualem Charef. Ce diplômé de l’ISTS, qui a été l’un des adjoints de Rabah Saadane durant la CAN 2004, n’a pas bougé de son poste d’entraîneur des Jaune et Noir depuis quatre ans. Un fait rarissime dans le football algérien. « Il n’y a pas mieux que la stabilité dans le football. Un président de club doit d’abord trouver l’entraîneur qui correspond au profil recherché par son club, pour ensuite lui accorder son entière confiance afin de mener à bien le projet tracé par le club pour une échéance a long terme. Ce qui est exactement le cas chez nous à l’USMH, où nous avons donné toute notre confiance à Boualem Charef, pour une période de quatre années renouvelable, avec comme objectif de bâtir une équipe compétitive. Une fois cette période achevée, on décidera de son maintien ou non. Jamais avant ! Il y va de l’intérêt du club qui a besoin de beaucoup de sérénité pour atteindre ses objectifs », explique l’ex patron de la FAF.
Hélas, les Laib ne sont pas légion dans le championnat où l’on continue à privilégier les résultats immédiats au détriment de la stabilité et de la formation. « Avec une telle mentalité, le football algérien ne sortira jamais de son marasme. Et dire que nous sommes entrés dans l’ère du professionnalisme », s’indigne Saâdane qui, décidément, doit attendre encore longtemps pour espérer retrouver un jour le banc de touche en Algérie, à moins qu’il ne décide de rentrer à nouveau dans les rangs…