Écrit par Dabadi Zoumbara publié le: Samedi, 25 Février 2012 09:41

Le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara (ADO) vient d'être porté à la tête de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) lors de son dernier sommet à Abuja au Nigeria. En prenant les rênes de cette institution sous-régionale, ADO conforte ainsi son image de marque. Il signe du même coup le retour de son pays longtemps absent sur la scène politique sous-régionale du fait de la crise sociopolitique qui aura duré une décennie. Le sacre de ADO est une grande première pour son pays.
La Côte d’Ivoire n’a jamais occupé la présidence de la CEDEAO depuis sa création en 1975. Même le père de la Nation ivoirienne, Houphouët-Boigny, qui a incarné à sa façon le rêve africain et dont le leadership a été reconnu par plus d’un, n’a pas, de son vivant, dirigé cette organisation supranationale. C’est dire qu’ADO peut être fier de se voir confier les rênes de la CEDEAO. Cependant, disons-le sans ambages, son mandat ne sera pas une partie de plaisir car il prend les commandes de l’institution sous-régionale au moment où des crises mettent à mal la cohésion sociale dans certains pays de la sous-région. Les cas les plus emblématiques sont ceux du Mali avec les Touaregs qui revendiquent l’indépendance de l’AZAWAD et du Sénégal avec Abdoulaye Wade qui, contre vents et marées, est déterminé à briguer un troisième mandat. La situation au Nigeria n’est guère reluisante, elle porte en elle les germes d’une déstabilisation du régime de Goodluck Jonathan, voire des fondements de l’Etat nigérian. A cela s’ajoutent les défis propres à la CEDEAO tels que les questions économiques, d’intégration, la libre circulation des personnes et des biens. A côté de ces défis, il y a ceux de la Côte d’Ivoire pour lesquels ADO doit mobiliser de l’énergie. Il se doit de trouver les clés de la réconciliation afin de ramener définitivement la paix dans son pays et de relancer sa machine économique. Pour tout dire, ADO fait face aux défis de la paix. Mais si, malgré ces challenges immenses, il accepte volontiers de présider aux destinées de la CEDEAO, c’est qu’il en tire un gros bénéfice. Ou alors l’homme s’est-il tout simplement dit qu’il était temps pour lui de se mettre au service de l’institution qui l’a aidé à étrenner le pouvoir face à son adversaire qui a fait feu de tout bois pour s’accrocher au pouvoir ? La CEDEAO, l’on se rappelle, avait pris des décisions fermes sur lesquelles l’Union africaine (UA) s’est appuyée pour faire voter une résolution à l’ONU qui a contribué à mettre fin à la crise ivoirienne. Ce qui est certain, c’est que la tâche ne sera pas aisée pour lui. En tout cas, c’est une lapalissade de dire qu’il lui sera difficile de pouvoir résoudre certaines crises. Comment amener par exemple le président Abdoulaye Wade, avec qui il a des atomes crochus, à faire des concessions face à une opposition sénégalaise qui lui est de plus en plus hostile ? Les affinités d’ADO avec certains présidents de la sous-région risquent de lui rendre la tâche plus difficile dans la résolution de certaines crises. Mais s’il tient à être crédible aux yeux de ses pairs, à réussir son mandat, il doit mettre l’intérêt communautaire au- dessus de celui partisan. C’est la seule et unique voie qui lui permettra d’écrire en lettres d’or le passage d’un Ivoirien à la tête de la CEDEAO. C’est vrai que son mandat sera probablement plus consacré à la résolution des crises qu’à la mise en œuvre des politiques de développement économique. Toutefois, en sa qualité d’économiste chevronné, ADO devrait pouvoir créer les conditions d’un véritable essor économique de la sous-région et, partant, de son pays. Ce serait un gâchis que ce coup diplomatique qui signe la deuxième victoire d’ADO et le poste de gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) que tient la Côte d’Ivoire, ne soient pas une opportunité pour elle de réaffirmer son leadership dans la sous-région.