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Finance

Analyse :L’Inflation en Algérie sera encore modérée en 2011 et au-delà

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Beaucoup d'observateurs et « d'experts » pronostiquent une accélération de l'inflation en 2011 et 2012 qui résulterait de la forte augmentation des dépenses publiques courantes, notamment les dépenses de personnel et les transferts courants, et éventuellement des salaires du secteur économique marchand et des retraites à la suite de l'actuelle tripartite. Mais, ont-ils raison ?

Sur un plan très général, la théorie économique enseigne que des augmentations de salaires sans augmentation de la productivité se traduisent immanquablement par une hausse de l’inflation. Mais l’analyse concrète de l’évolution de l’inflation dans le cadre des structures et des flux économiques de l’économie algérienne depuis une décennie, enseigne aussi que le lien entre dépenses publiques et inflation n’est ni mécanique ni automatique. Commençons d’abord par rappeler comment est calculée l’inflation. Celle-ci est mesurée par la croissance, en moyenne annuelle, de l’indice des prix à la consommation (IPC). Ce dernier est calculé mensuellement, selon les normes établies universellement par l’Office national des statistiques (ONS). L’indice général des prix à la consommation est la moyenne pondérée des indices des huit (08) groupes de biens et services qui composent le panier de la ménagère (environ 250 biens et services). La pondération s’effectue selon la part de chaque groupe dans les dépenses des ménages. Cette dernière est la suivante (base 2001) :

Catégories de biens et services                                      Poids        
Biens alimentaires, boissons non alcoolisées (dont)         43,01 %
Produits agricoles frais                                                      16,92 %
Produits alimentaires industriels                                       26,2 %   
Biens manufacturés                                                           39,89 %
Services                                                                            16,98 %
Total                                                                                 100%

Ces poids ou parts de chaque groupe dans les dépenses des ménages sont aussi des parts moyennes. Autrement dit, la part, par exemple, du groupe alimentation dans les dépenses des ménages à hauts revenus n’est évidemment pas la même que celle des ménages dont les revenus sont les plus bas. C’est pourquoi, si l’augmentation des prix touchent beaucoup plus les biens du groupe alimentation, ce sont les ménages à faible revenus qui ressentent le plus l’inflation. L’idéal serait que l’on puisse calculer l’inflation pour chaque décile de revenus ; mais cela n’est fait nulle part au monde (officiellement).

Les causes de l’inflation
Il est communément admis que l’inflation résulte des déséquilibres entre l’offre et la demande globales sur les marchés des biens et services et de l’augmentation des coûts de production. Les déséquilibres sur les marchés résultent de la croissance de la masse monétaire au-delà de ce qui est nécessaire pour les transactions commerciales et/ou de dysfonctionnements des marchés. L’augmentation des coûts unitaires de production provoque de l’inflation lorsque ces derniers sont supérieurs à la productivité des facteurs de production (principalement le travail). Qu’en est - il des déterminants de l’inflation en en Algérie ? Lors de la journée d’études sur l’inflation, les responsables de la Banque d’Algérie ont observé que le modèle économétrique des déterminants de l’inflation élaboré par leurs services indique qu’en moyenne, sur la décennie 2000-2010, l’augmentation de la masse monétaire détermine près de 62 % de l’inflation en Algérie. L’analyse de l’évolution de l’inflation sur la dernière décennie montre que l’inflation est restée relativement modérée. Elle a été, en moyenne, de 3,5 % en dépit d’une augmentation considérable des dépenses publiques, notamment à partir de 2006.

Elle a, certes, progressé à 5,74 % en 2009 mais elle est redescendue à 3,9 % en 2010 et n’est que de 3,8 % en moyenne annuelle en 2011 (huit premiers mois). Dès lors comment interpréter la relative faiblesse de l’inflation et sa modération en dépit des considérables augmentations de revenus liées à celles des dépenses publiques (monétisation et dépense d’une grande partie des flux nets annuels de devises à travers les dépenses publiques) A partir de l’année 2006, l’inflation en Algérie résulte essentiellement de l’augmentation des prix du groupe « alimentation » (ONS, collection statistiques, N° 155) et principalement le sous groupe « produits agricoles frais (20,5 % en 2009, année de la plus forte inflation). Les produits alimentaires industriels (26,2 % dans la part des dépenses des ménages) n’ont contribué significativement à l’inflation qu’en 2007 et 2008 en raison de l’augmentation des prix mondiaux des produits alimentaires de base importés ; l’augmentation des prix des biens manufacturés (39,9 % de part) ayant toujours été inférieure à celle de l’inflation globale. Cela indique que les seuls marchés ayant connu des déséquilibres, provoqués probablement plus par les dysfonctionnements (absence de réelle concurrence car la production agricole hors céréales croît à un rythme soutenu) que par l’augmentation de la masse monétaire, sont les marchés des produits agricoles frais ; les autres marchés des biens, alimentaires industriels et durables ne connaissent pas ces déséquilibres. L’augmentation brutale des prix de quelques produits alimentaires industriels (huile, sucre) au début de 2011 n’est pas non plus liée à la faiblesse de l’offre ou à la simple augmentation des prix mondiaux de ces produits mais au caractère monopolistique ou oligopolistique des marchés domestiques de ces biens. Mais alors pourquoi, à l’exception des marchés des produits agricoles frais, il n’y a pas de tensions significatives sur les autres marchés des biens en dépit de la faiblesse de l’offre domestique de ces produits et de sa rigidité comme en témoigne la faible croissance des industries manufacturières ? Mais tout simplement parce que l’offre de produits alimentaires industriels et de biens manufacturés (production domestique plus importations) croît au même rythme que la demande. Les importations de ces deux types de biens assurent l’ajustement entre les offres et les demandes sur les marchés et expliquent donc que l’inflation ait été et sera encore relativement faible et modérée, n’en déplaise aux « experts » en tous genres et aux « douctours » qui écument les quotidiens nationaux. Au total, dans les pays exportateurs de ressources naturelles et ayant des excédents de compte courant de la balance des paiements, l’inflation demeure relativement modérée en raison des capacités d’importation dont disposent ces pays.

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