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Finance

Pacte budgétaire européen : Une menace nommée Irlande

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Le plan de redressement de l'euro prend l'eau. Coup sur coup, l'Allemagne et  l'Irlande ont fait tanguer le bateau mardi en refusant, pour la première, l'augmentation immédiate du fonds de secours exigée par Washington et par le FMI, et en décidant, pour la seconde, un référendum au résultat une fois de plus hasardeux sur un traité essentiel à l'intégration de l'UE.

La vrai surprise est venue de Dublin, lorsque le premier ministre Enda Kenny a annoncé l'organisation d'un référendum sur le nouveau «pacte budgétaire» censé en finir avec la crise du surendettement dans la zone euro.

L'électorat irlandais est très soucieux d'indépendance. Il a déjà tenu en otage, en 2001 et 2008, deux traités fondamentaux de l'UE, ceux de Nice puis de Lisbonne. La troisième consultation décidée ce mardi dans l'île porte au cœur de la zone euro une contestation de la nouvelle discipline budgétaire collective, jusqu'ici limitée à la Grande-Bretagne et à la République tchèque.

La décision de Berlin, premier créancier de l'UE, était moins imprévisible. Les Allemands sont las de payer pour les «paniers percés» de l'euro et Angela Merkel, fragilisée par la critique, éprouve jusque dans sa coalition des difficultés croissantes à faire passer l'Europe et sa monnaie devant l'intérêt à court terme des contribuables.

Le second plan d'aide en faveur d'Athènes et ses prêts de 130 milliards d'euros ont surmonté lundi un obstacle majeur avec l'approbation du Bundestag. Mais le sauvetage de la Grèce, qui empoisonne le calendrier européen depuis deux ans, n'est pas pour autant garanti: le FMI réserve sa future contribution à un accroissement parallèle du fonds de secours européen, effort sur lequel la Chancellerie continue de renâcler.

Les réticences allemandes et irlandaises jettent en tout cas un froid sur le sommet européen. Le rendez-vous de Bruxelles devait précisément trancher deux dossiers: la Grèce et les ressources du fameux «pare-feu» européen. Tout se retrouve désormais sur la table. Signe de la fébrilité ambiante: annoncé comme quasi-certain, un conclave simultané des dix-sept présidents et premiers ministres de l'euro a été décommandé par le président du Conseil, Herman Van Rompuy.

Unanimité brisée

L'hypothèque irlandaise brise l'unanimité de la zone euro sur le dispositif de redressement conçu par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel: une «règle d'or» de retour à l'équilibre budgétaire qui s'imposerait à tous, assortie de sanctions automatiques en cas de dépassement des plafonds. Si les insulaires disent «non», le pacte s'appliquera quand même aux seize autre pays de la monnaie commune, dessinant un nouveau périmètre dans une Europe à multiples vitesses.

Les Irlandais s'annoncent partagés. Sensibles sur leur souveraineté, ils n'apprécient guère l'harmonisation fiscale poussée à travers le pacte par Paris et Berlin. Mais s'ils rejettent le texte, ils perdront le bénéfice des fonds de secours auxquels Dublin a dû recourir en 2010 après Athènes. «Au bout du compte, cela reviendra à voter pour la stabilité économique et la reprise», assurait mardi Enda Kenny.

Les partenaires de l'Allemagne parient de leur côté sur la fin mars pour un ralliement de la Chancelière au relèvement de 500 à 750 milliards des moyens du fameux «pare-feu» européen. Entre le sauvetage grec, la contribution du FMI, la bienveillance du Trésor américain et l'éventuel recours aux pays émergents, trop de paramètres sont en jeu pour que Berlin fasse durablement obstruction, dit-on à Bruxelles. Au bout du compte, avance un haut responsable, «Angela Merkel finit toujours par faire le bon choix pour l'euro».

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