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Entreprise et Marché

Agriculture africaine : Comment sortir de la disette ?

afrique agriculture

Comme dans plusieurs secteurs de l'activité économique, l'agriculture africaine est à la traîne. Ballotée entre des plans de développement inadaptés et les aléas climatiques, ce secteur de production affiche des résultats en dents de scie. Si on y ajoute les années de crise et les multiples plans de restructuration des années 90, il ne faut point se surprendre que la disette sévisse de plus en plus sur le continent.

Sur ses 30 415 873 km2 de superficie, l’Afrique n’utilise que 25% de ses terres arables,  essentiellement par manque de moyens. Une analyse un peu plus pointue d’organismes internationaux comme l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) établit de manière claire les raisons des obstacles à la croissance de la production agricole africaine.

Globalement, résument les auteurs d’un rapport publié au début des années 2000, les principales difficultés qui limitent le développement du potentiel agricole en Afrique sont avant tout liées aux aspects physiques, économiques et sociaux de l'utilisation et de la gestion des ressources naturelles.

Au plan institutionnel, des politiques gouvernementales défavorables à l'agriculture ont fortement contribué à la baisse de la productivité de ce secteur sur le continent. Après la décolonisation, la majeure partie des pays africains ont souffert d'un environnement politique erratique et instable. Les changements de paradigmes politiques n'ont réussi ni à surmonter les difficultés globales du secteur, ni à mettre en place des interventions adaptées.

Des réformes sans succès notable

Plusieurs décennies plus tard, des réformes ont été engagées dans le cadre des programmes d'ajustement structurel et de stabilisation macro-économique pour effacer l'échec des politiques antérieures. Les réformes des marchés et le retrait de l'État des activités commerciales ont ainsi eu pour objectif d’encourager le développement du secteur privé, mais sans succès notable. On a par exemple observé que les agriculteurs de subsistance, qui disposaient d'une faible quantité d'excédents commercialisables, n'ont pas autant tiré profit des changements que les grands exploitants agricoles.

Quant aux petits agriculteurs, le coût extrêmement élevé des engrais et des autres intrants agricoles, la faiblesse du pouvoir d'achat et la difficulté d’accès au crédit les ont littéralement marginalisés. Ce qui fait que d’autres catégories d’acteurs très entreprenants comme les femmes, qui jouent un rôle considérable dans l’agriculture en Afrique, n'ont pu, de ce fait, adopter des technologies modernes et plus performantes et sont restées dans des formes élémentaires d’exploitation agricole.

La seule région où la production a baissé

La FAO rappelle d’autre part que l'Afrique est la seule région du monde en développement dont la production alimentaire moyenne, par habitant, a baissé au cours des 60 dernières années. « Des périodes de sécheresse récurrentes et de plus en plus fréquentes, suivies par de longues alternances de sécheresses et d'inondations, ont réduit l'optimisme et remis en cause l'espoir d'accroître les rendements agricoles de manière durable et de garantir la régularité des approvisionnements alimentaires (notamment en céréales) », rapportent les analystes de l’organisme.

Le même rapport ajoute que la dégradation accélérée des eaux et des sols est un autre problème majeur de l'agriculture en Afrique. « En général, les terres agricoles sont rares et leur qualité ne cesse régulièrement de se dégrader. Cette situation s'explique en grande partie par les pressions démographiques et par une utilisation non durable qui résulte de la lenteur d'introduction de technologies plus performantes. Des systèmes autochtones et coutumiers prédominent encore l'utilisation des terres dans les pays au sud du Sahara. Ces systèmes sont en général basés sur diverses formes de contrôle collectif pour assurer une gestion équilibrée de la propriété communautaire; dans de nombreux cas cependant, ils font obstacle à l'adoption de techniques plus modernes qui requièrent des investissements à long terme ».

Sortir des archaïsmes

C’est donc ce tableau peu reluisant que les responsables politiques et les corps sociaux intermédiaires devront essayer de modifier pour les prochaines décennies. S’arracher de force aux archaïsmes et se projeter résolument vers l’avenir parce que le progrès ne doit pas être une posture, mais plutôt action. Parce qu’il arrivera même qu’il n’y ait plus de ressources pour importer des aliments afin de combler l’énorme différentiel puisque l’Afrique est aujourd’hui obligée d’importer pour près de 35 milliards $US de produits alimentaires.

Le chercheur sénégalais Pape Abdoulaye Seck, directeur général du Centre du riz pour l’Afrique, concluait à cet effet qu’une métamorphose positive de l’agriculture africaine devra passer par une combinaison intelligente de quatre facteurs : technologies adaptées, infrastructures de qualité, environnement institutionnel et économique incitatif et préservation des ressources naturelles.

 

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