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Entreprise et Marché

Flambée des prix des produits agricoles : Les leçons des intempéries

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Les prix des produits agricoles, qui ont joué au yo-yo  pendant cet hiver, renseignent à plus d'un titre sur les disfonctionnements des systèmes de production et de distribution, lesquels ont cédé la place à la spéculation. Cette situation a confirmé également que l'offre n'arrive toujours pas à satisfaire une demande sans cesse croissante, notamment dans les grandes villes.

Les conditions climatiques qui ont frappé le pays en ce début du mois de février ont certes permis de sauver la présente campagne agricole après avoir appréhendé une sècheresse catastrophique, mais elles ont également dévoilé nombre de disfonctionnements au niveau de la logistique, du système de distribution, voire du système de production.

Le bulletin météo spécial annoncé la veille des intempéries a créé un mouvement de panique chez les consommateurs qui se sont rué sur les marchés pour s’approvisionner en produits alimentaires.

Ce comportement a eu automatiquement un effet spéculatif puisque les prix ont tout d’un coup augmenté après qu’ils aient connu une légère baisse fin janvier. A l’exception de certains produits dont les prix sont restés stables comme les oranges et l’oignon, la mercuriale a flambé pendant ces jours d’hiver.

L’accès difficile aux exploitations a accentué ce mouvement de panique chez le consommateur, qui s’est rabattu sur les autres types de produits comme les légumes secs, les semoules et la farine pour compenser la hausse des prix des fruits et légumes, à l’instar de la laitue qui frôle les 100 DA, le navet, les choux, les cardes, les carottes et la pomme de terre, sans omettre les autres légumes, produits sous serres, comme le piment, le poivron, la courgette, les aubergines et les tomates dont les prix sont hors de portée pour la majorité des consommateurs.  

L’organisation, l’autre maillon faible

En dépit de ses résultats positifs sur la relance de la production et la stabilisation des prix sur le marché, le système de régulation des produits agricoles de large consommation a montré ses limites en termes d’organisation pendant la période du froid sibérien qui a frappé le pays récemment. L’exemple le plus édifiant est la pomme de terre et ce, malgré le fait que la production soit largement suffisante pour répondre à la demande pendant la période de soudure caractérisé par une réduction des superficies cultivées.

Surpris par l’ampleur des intempéries, les agriculteurs n’ont pas pu effectuer leurs récoltes à temps, notamment à El Oued et Mascara, d’où provient l’essentiel de la primeur.

Selon le président du Conseil interprofessionnel de la filière pomme de terre, M. Séraoui, une superficie de 7.000 hectares n’a pas encore été récoltée pour cause d’intempéries. Ces perturbations climatiques ont créé des mouvements de spéculation portant le prix de ce produit de première nécessité à 60 DA, voire 85 DA le kilogramme, notamment dans les grandes villes comme la capitale. Néanmoins, le mécanisme Syrpalac, qui devait intervenir pour stabiliser le marché par le déstockage des quantités de pomme de terre, n’a pu être enclenché en raison  de la fermeture des routes par la neige, ce qui a engendré une perturbation du réseau de transport et de distribution.

Ce problème de gestion a poussé l’interprofession dans cette filière à réfléchir à la révision de son système de régulation, notamment en ce qui concerne le stockage et le déstockage de la pomme de terre. « Il n’y a pas de pénurie, mais une mauvaise gestion », avoue M. Séraoui, qui préconise de repenser le Syrpalac pendant notamment la période de soudure, de manière à ce que le stockage se fasse à travers toutes les wilayas du pays et que l’opération de déstockage soit organisée et ciblée.

Pour ce faire, un atelier sur l’organisation du Syrpalac sera organisé en mars prochain, afin de prospecter les mesures à prendre pour affiner ce système devenu un moteur réel pour l’augmentation de la production. Ce responsable a relevé également la nécessité d’anticiper sur les conséquences des intempéries sur les récoltes. Plusieurs communes de la wilaya de Mostaganem, productrices de l’extra primeur de pomme de terre, ont été touchées par le gel, ce qui peut avoir des répercussions sur les rendements de cette région.  

Il est temps d’investir dans l’intensif

 L’augmentation continue de la demande devrait pousser les investisseurs et les agriculteurs à aller vers l’intensification de la production en vue d’augmenter l’offre sur le marché. La serriculture (cultures sous serres) est la seule alternative pour augmenter la production et stabiliser les prix des produits agricoles. Les pouvoirs publics se sont engagés, à cet effet, à accompagner les opérateurs désirant se lancer dans ce créneau, en acceptant de prendre en charge 30% du prix d’une serre multi chapelle destinée à la production des maraîchers. Mais les coûts élevés de cet investissement ne sont pas à la portée des petits agriculteurs, qui continuent à recourir aux méthodes archaïques de production.

Prenant le cas de la wilaya de Biskra, en passe de devenir un pole agricole grâce à la production sous serres, et qui produit actuellement 50% des besoins du marché en tomate fraîche. Cependant, cette production est en dessous des capacités que recèle cette région qui compte 4000 hectares de serres mono chapelle (des serres sous forme de tunnels en plastique).

Selon le président du conseil interprofessionnel de la filière tomate, M. Chebah, « il est temps des sortir de l’archaïsme et aller vers la modernisation de nos exploitations ».

Dans les serres mono chapelle, la production de tomate n’excède pas les 10 kilogrammes par plant, alors que sous une serre multi chapelles, on peut avoir 40 kilogrammes par plant. Ce dernier peut dépasser 5 mètres de longueur contre deux dans une serre tunnel. « Nous sommes en train de réfléchir pour améliorer les potentialités de la wilaya de Biskra pour qu’elle puisse intégrer des techniques modernes de production économisatrice d’eau et du sol », indique M. Chebah, soulignant que la tomate, disponible actuellement sur le marché à des prix abordables dans certains endroits de la capitale, provient de cette wilaya, qui continuera à approvisionner les grandes villes jusqu’au mois d’avril prochain. Cet archaïsme est très répandu également chez les aviculteurs, d’où la fluctuation des prix de la volaille. L’élevage du poulet de chair, sensible au froid  et à la chaleur, se fait dans des bâtiments vétustes qui ne répondent à aucune norme d’hygiène  et de sécurité. Pour éviter des pertes dues aux fortes chaleurs et au froid, la plupart des éleveurs préfèrent fermer leurs bâtiments durant ces périodes, créant un déficit sur le marché, lequel se répercute sur le prix de la viande blanche. De nombreux aviculteurs ont subi des pertes énormes, suite aux dernières chutes de neiges, leurs étables n’étant pas équipées de moyens à même de supporter les températures très basses.   

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