La contribution de l'industrie dans le PIB algérien est passée de 15 % au milieu des années 1980 à 6 % seulement en 2005. L'objectif que s'est fixé le gouvernement au cours de l'année écoulée est de faire passer ce secteur à 10% du PIB en 2014. Le challenge semble difficile à relever même si les résultats attendus du plan de développement de la filière mécanique - que les responsables du secteur de l'industrie présentent comme un levier important pour tout le secteur et une expérience exemplaire – sont un bon départ dans la réalisation des objectifs. En effet, la réorganisation de la filière autour du marché national, notamment l'ANP et les collectivités locales et un réseau de sous traitants, tient la route sur le papier, mais les résultats tardent à venir. Le second secteur identifié comme prioritaire par la stratégie industrielle – celui de l'électronique - semble également peu progresser.
Le scénario catastrophe se profile
Les constats, récents, tirés des dernières études de terrain montrent un secteur industriel faible. Cette faiblesse se rapporte à l’important recul du secteur public, indispensable locomotive, qui de ce fait n’a pu entraîner un secteur privé peu développé. De même, du côté des investissements directs étrangers, les attentes restent fortes et les satisfactions plutôt maigres. Ainsi, dans les filières où le marché algérien est le plus porteur du contient, matériaux de construction et l'automobile, les négociations avec partenaires étrangers n’aboutissent toujours pas. L'usine de construction de voitures avec Renault ou Wolkswagen, la méga cimenterie de Lafarge, l'aciérie de Bellara et bien d'autres projets d'investissements n’ont toujours pas vu le jour.
Les politiques publiques en la matière et les mesures prises pour le développement du secteur sont souvent incriminées. Celle qui est la plus évoquée est celle dite des 51/49% et ce sans que l'on ait réellement la certitude qu'elle est la cause principale des mauvais résultats qu'enregistre le développement industriel.
Dans son classement de 2011 de la compétitivité, le World Economic Forum positionne l’Algérie à la 86ème position sur 132 pays alors qu’un pays compétiteur voisin, La Tunisie, est positionné à la 32ème place. Quelles que puissent être les réserves qu’on peut émettre sur la construction et la significativité de ces indicateurs, il n’en reste pas moins qu’ils sont révélateurs d’une fracture technologique qui semble devenir de plus en plus insurmontable.
Des donnes statistiques en alerte rouge
Les données statistiques nationales sont sombres: 80 % des outils de production industrielle du secteur public sont exploités à 50 % de leurs capacités. La contribution du secteur industriel privé à la production industrielle nationale se situe, à peine, autour de 35%. Pourtant, les responsables du secteur continuent d’affirmer, que l’industrie nationale dispose d’une infrastructure solide , même si elle perd d’importantes parts sur le marché intérieur. Elle aurait selon eux, juste besoin "d'un redéploiement dans une perspective de mondialisation. »
Dans les faits, les progrès enregistrés sont minimes. Selon l’ONS, après une baisse de 2,5% en 2010, la production industrielle du secteur public enregistre une hausse de 1,5% durant le premier trimestre 2011 par rapport à la même période en 2010. Cette hausse confirme, selon l'Office national des statistiques, la reprise du secteur. En 2010, la baisse qu'elle a connue (-2,5%) est due à une «chute» généralisée des niveaux de production à l'exception de ceux de l'énergie et du bois et papier, lesquels ont connu des hausses respectives de 5,6% et 14,8%. Cette augmentation à peine sensible est liée principalement aux «bonnes» performances enregistrées par le secteur de l'énergie avec 8% et les industries manufacturières avec 0,8%. Toutefois, plusieurs autres secteurs ont enregistré une baisse sensible, notamment les industries du textile avec -12,2%, la chimie et le caoutchouc 10,5%, les industries sidérurgiques, métalliques, mécaniques, électriques et électroniques (ISMMEE) (-5,9%) et les hydrocarbures (-3,4%).
Le premier recensement économique confirme les appréhensions globales. Il situe l'industrie à 10.1% de l'ensemble des activités économiques. Le nombre d’entités industrielles recensées est de 97.202 unités. Le secteur est dominé par des entités activant dans la branche de l’industrie agroalimentaire (23,4%), la fabrication de produits métalliques (22,7%), l’habillement (10,5%), le travail de bois (2,1%), le textile et cuir (1,3%) et les machines et équipement (1,6%).
Une stratégie de sauvetage à mettre en place
La stratégie de sauvetage semble claire et ce n'est pas faute d y avoir réfléchi. Les recommandations des Assises de 2007 semblent parfaitement valables. Selon elles, "le processus d’industrialisation dépend non seulement d’une parfaite connaissance des filières et des avantages liés à leur promotion, mais aussi de tout un ensemble de politiques d’accompagnement et d’incitation. De même que l'idée de protéger le secteur est tout à fait valide. Le processus ne peut pas être laissé au marché seul et certainement moins au marché mondial, peu concurrentiel et largement porteur d’éléments d’oligopole. Il ne peut pas non plus être confié à l’État seul, car la gestion étatique n’assure pas une allocation optimale des ressources". La politique de développement industriel proposée suggérait : d’identifier les branches à fort potentiel de développement et qui sont portées par le marché international, d’analyser leur niveau de compétitivité et formuler une stratégie industrielle en cernant les facteurs de sa mise en œuvre.
La feuille de route est, ainsi, tracée. Les responsables déclarent, pour leur part, qu'ils la suivent mais que le contexte mondial ne favorise toujours pas les avancées. Les partenaires privés estiment que le climat d'investissement est malsain et que l'environnement est de moins en moins favorable. Les managers du secteur public dénoncent, quant à eux, l'hyper centralisation de la décision économique et des freins liés à la défense d'intérêts occultes. Le pronostic fatal quant à la survie du secteur serait tout à fait justifié si des démarches opérationnelles aux impacts favorables et rapides ne sont pas adoptées. Des modèles à succès existent. A l'échelle maghrébine, nos voisins progressent nettement plus vite et à l'échelle plus vaste, le modèle turc semble plaire à de nombreux décideurs algériens. Vu de la position où se situe le secteur de l'industrie en Algérie, tout ce qui rentre fait ventre.