barnavigation:

Imprimer  ImprimerEnvoyer  Envoyer

Europe

France : Présidentielle et enjeux réels

france_Election_2012

En France, en marge de la campagne électorale pour les présidentielles, deux faits, au moins, peuvent illustrer que le pays traverse une période critique de son histoire. Jeff Duval, un technicien de l'agence ERDF-GRDF d'Arcueil (Val-de-Marne), a refusé de couper l'alimentation électrique de certains clients aux factures impayées. Il ne voulait pas les priver de chauffage, par cette période de grands froids. Des militants du Mouvement National des Chômeurs et précaires ont envahi le Fouquet's, « symbole des inégalités en ces temps électoraux où on parle du chômage de manière peu significative ». Nicolas Sarkozy y avait fêté sa victoire à la présidentielle de 2007.

En arrière-fond, la politique d’austérité menée par le pouvoir en place, pour se conformer aux normes des marchés financiers, uniques recours imposés par le Traité de Lisbonne de l’Union européenne, a fait opérer des coupes drastiques dans les budgets publics et des augmentations des impôts (TVA entres autres) qui touchent indistinctement les citoyens, les plus pauvres comme les plus riches.

L’approfondissement de la crise économique avait déjà eu pour conséquence, lors des élections régionales des 14 et 22 mars 2010, une abstention massive, une véritable défaite électorale du gouvernement et le retour relatif du Front National de Marine Le Pen. L’abstention, notons le, s’est élevé à 53,6 %, et est le fait, en particulier, des quartiers populaires où la participation n’a pas dépassé les 30 % dans de nombreuses villes.

Sondages défavorables à la droite traditionnelle

Les sondages réalisés ces derniers jours aggravent le recul de la droite traditionnelle au pouvoir. La domination de François Hollande sur Nicolas Sarkozy est écrasante depuis des mois et atteint des seuils inédits pour le second tour, si le duel classique se confirme: Hollande est crédité de 59% contre 41%. Dans ce scénario, en plus des voix acquises, le candidat du PS recueillera aussi 30% des voix des électeurs de l’extrême droite. Le vote populaire se rassemblant autour du « moins mauvais » des deux candidats.

Toujours, selon les sondages, le candidat de l’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon, version Front de gauche, une alliance constituée principalement du Parti de gauche de Mélenchon (scissionniste du PS), du Parti Communiste et d’une aille du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), est monté à 10% des intentions de vote. Ce qui augure, peut-être, de l’installation dans le paysage politique d’une gauche réformiste antilibérale différente du PS.

« Hollandréou »

Le PS dont le programme ne remet pas fondamentalement en cause les prémices politiques et économiques de la crise qui affecte la France. A commencer par le maintien des règles ultralibérales imposées par l’Union européenne. Il peut dans un premier temps sembler « alléger » les mesures d’austérité, mais tous les observateurs restent sceptiques sur leur efficacité sur le fond des choses. Parce qu’il doit et compte faire avec les banques privées. Pour cela Hollande est surnommée « Hollandréou » en référence au Grec Papandréou qui a choisi Bruxelles contre ses compatriotes révoltés.

La France compte un peu plus de 63 millions d'habitants, un taux de croissance de 1,7% en 2011, 4,2 millions toutes catégories confondues, 2,8 millions sans activité. Le taux de chômage des 15-24 ans est de 21,9% (2011) et s’il est de 9,1 % en métropole, il est de 21 % pour la Martinique et la Guyane et de 28,9 % pour la Réunion. Autres sources de préoccupations pour le futur pouvoir. La dette qui, en 2007, représentait 52,1 % du PIB, n’a pas cessé d’augmenter, jusqu’à atteindre les 82 % en 2011, soit un remboursement, pour l’année considérée, de 97 milliards d’euros, plus le paiement des intérêts qui se montent à 45 milliards d’euros, soit au total 142 milliards d’euros. En sachant que ces intérêts absorbent presque toutes les recettes de l’impôt sur le revenu qui était de 50,3 milliards d’euros en 2010. Ajoutons des difficultés supplémentaires que sont les 8 millions de pauvres recensés en 2009.

Le futur exécutif, quel qu’il soit, n’aura pas d’état de grâce, quand on sait, de surcroît, que c’est le FMI qui définit actuellement en Europe les sanctions contre tout obstacle aux réductions budgétaires. « Il a suspendu les crédits à l’Ukraine quand cette dernière envisageait d’augmenter le salaire minimum, a imposé la réduction des salaires en Lettonie, a exigé les privatisations en Grèce et s’est opposé au résultat du référendum islandais qui remettait en cause les exigences des créanciers » rappelle Claudio Katz, économiste, chercheur au Conseil national de la science et de la technologie (CNCT) et enseignant à l’Université de Buenos Aires (Argentine).

Une brèche pour le Front de gauche

Ce qui peut faire dire, dans de pareilles conditions, que l’enjeu est loin d’être le prochain scrutin, mais la résolution de l’équation économique et sociale qui n’est pas loin de devenir explosive. Le Front de gauche, pourrait à ce moment là rassembler le mécontentement, mais il faudra compter sur le Front national, qui est susceptible de voir venir à lui le « peuple de droite » déçu de l’UPM et des autres partis de droite, apeuré d’une montée populaire et craintif pour ses intérêts.

François Hollande est presque certain de gagner, les prévisions éloignent un remake du « 21 avril », et les Français attendront en retour la « rupture » avec la politique du pire qui sape sans discontinuer tous leurs acquis sociaux et qui constitue une menace majeure sur la paix sociale.

 

Réagir à cet article

Votre nom:
Votre email:
Commentaire:

© Les Circuits de l'ECO 2011